LES DEBUTS:
Je suis donc née à Bruxelles quand Bruxelles
brusselait encore les frites chez Eugène, j'ai connu.
Je suis depuis longtemps sortie
de l'armoire, ventre douillet de ma mère.
Je m'aperçois que je suis incapable
d'écrire un C.V. dans les règles de l'art.
Voilà le mot lâché : "Art".
Les petites mains se sont mises à bouger
les petits pieds aussi.
Mes yeux s'ouvraient doucement sur des
fontaines d'amour, les yeux de ma mère.
Mais où est l'art dans tout cela ?
Il a fallu beaucoup de temps pour
que la belle accoste sur l'île de la création.
Je grandissais lentement.
Les tempêtes sur l'île m'ont souvent jetée à terre
pour me faire connaître la dureté de la roche.
La pierre était si dure, je m'en souviens encore.
C'est pourtant par là que je commençai.
Je me mis à tailler le marbre.
Les petites mains tenaient des marteaux,
des pointes, des burins, des gradines et
des machines très lourdes.
Je tremblais de toute la force
d'un cataclysme.
Je gagnais ma dignité, celle d'un artisan.
Les mains grandirent, les pieds aussi.
La tête aussi.
Et puis tout devint noir
les mains tâtonnaient, cherchaient une
porte de secours.
Je poussai la porte d'un palais somptueux :
"Le palais des Arts".
A 38 ans, je me suis mise à étudier, à travailler
à devenir, à exister, à créer parfois.
Un chemin s'ouvrait devant moi que je ne
devais plus jamais quitter.
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